Neurotechnologies et contrôle du cerveau animal

Philippe MENEI, Professeur de neurochirurgie, Chef du département de Neurochirurgie, CHU d’Angers.

Les animaux coûtent moins cher que les machines, sont plus habiles que la plupart des robots actuels et possèdent des facultés sensorielles qui dépassent largement celles des capteurs artificiels. L’Homme à découvert depuis longtemps l’apprivoisement et les techniques de dressage, mais l’idée de contrôler le cerveau de ces «esclaves idéaux » n’a émergé que dans les années 40 grâce aux travaux de Walter Rudolf Hess, colauréat en 1949 du prix Nobel de médecine et physiologie avec Egas Moniz, le père de la lobotomie. Hess avait montré qu’en stimulant le cerveau de chats à l’aide d’électrodes implantées, il pouvait provoquer des réactions d’excitation ou de défense, découvrant le rôle de l’hypothalamus. Ses travaux ont grandement inspiré un neurophysiologiste espagnol, José Delgado qui a été probablement le premier à voir dans la stimulation électrique cérébrale une alternative à la lobotomie, alors largement utilisée pour traiter les troubles du comportement, en particulier l’agressivité. Il invente un système électronique qui permet de contrôler à distance des électrodes implantées dans le cerveau. En stimulant différentes régions du cerveau de patients, Delgado parvient à modifier les émotions et l’humeur. C’est à cette époque qu’est découvert le réseau cérébral de récompense.

En 1963 José Delgado réalise une démonstration très médiatisée durant laquelle il contrôle le comportement d’un taureau de corrida. Il faut quand même attendre les années 80 pour que la stimulation cérébrale soit utilisée en médecine, d’abord pour le traitement de la maladie de Parkinson, puis en psychiatrie.

Ces systèmes de stimulation cérébrale ont été et reste largement évalués chez le rat, l’animal le plus utilisé en neurosciences, il est donc logique que le premier animal télécommandé ait été un « ratbot ». Le premier « ratbot » a été réalisé en 2002. L’approche utilisée est aussi fascinante qu’inquiétante. L’animal est dirigé dans un labyrinthe en associant deux type de stimulation cérébrale. La première au niveau de l’aire cérébrale correspondant à la sensibilité des vibrisses indique la direction. La deuxième stimulation, au niveau de l’aire cérébrale de la récompense gratifie le rat quand il tourne dans la direction indiquée. C’est le principe même du dressage animal, mais directement dans le cerveau.

Technologiquement, un autre mode de stimulation cérébrale que l’électricité est récemment apparu : l’optogénétique, qui permet d’activer ou de désactiver des neurones rendus sensibles à la lumière suite à des modifications génétiques. Des chercheurs ont ainsi pu déclencher ou inhiber à volonté les comportements de prédation et de morsure chez des souris. L’autre évolution technologique récente est l’interface cerveau machine permettant de commander n’importe quel dispositif électronique avec la pensée. L’association de l’interface cerveau machine à la stimulation cérébrale permet maintenant à un être humain de prendre le contrôle du cerveau d’un rat par la pensée, de le « télécommander », d’entendre ce qu’il entend.

La miniaturisation permet d’appliquer le contrôle cérébral à des insectes pour des applications militaires ou ludiques. Une startup vend un kit afin de contrôler les mouvements d’un cafard via un Smartphone. Présenté comme un projet pédagogique, cette application du contrôle animal accessible au grand public ne manque pas de soulever des questions éthiques. Parmi celle-ci, a-t-on le droit de contrôler le cerveau d’un animal ? Est-ce éthique, écologique ? A cette question, la nature nous répond, nombreuses sont les espèces qui pour leur reproduction, prennent le contrôle cérébral d’une autre espèce pour en modifier le comportement, en utilisant parfois une technique neurochirurgicale !

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