Entretien intergénérationnel Hilario Gelbolingo Davide Jr

Hilario Gelbolingo Davide Jr. est un ancien ambassadeur/représentant permanent de la mission permanente de la République des Philippines auprès des Nations unies à New York.

Il a été le 20e président de la Cour suprême des Philippines et le chef du pouvoir judiciaire du gouvernement de novembre 1998 à décembre 2005. En tant que plus haut fonctionnaire judiciaire, il a présidé la Cour suprême des Philippines.

Il a notamment été le juge en charge de l’affaire Oposa contre Factoran, qui est une référence en matière de décision dans le paysage juridique philippin et mondial parce que c’est la première fois qu’un juge énonce les droits des générations futures. Ainsi, il a également été un des promoteurs de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones, adopté par les Nations Unies en 2007.

Sensibilité sur la question environnementale vient de son enfance. Il est née dans une famille pauvre, avec des parents enseignants mais aussi agriculteurs. Il a grandi dans une ferme entouré de végétation dans laquelle il a commencé à travailler dès ses 14 ans, et il devait marcher 19 km pour aller à l’école. Il passait aussi son temps libre dans les montagnes et les forêts. C’est suite à la seconde guerre mondiale que cette végétation a été détruite pour laisser place à une agriculture moderne pour cultiver du maïs ou du riz, ce qu’il qualifie de « viol » des forêts, car suite à ce changement, des problèmes écologiques comme l’érosion des sols ou encore l’envasement des rivières ont commencés à apparaître. Ses parents ont selon lui étés pionniers dans la conservation de cet environnement car ils ont mobilisés des agriculteurs pour reboiser les terres de leur village. Il citait d’ailleurs son père à ce sujet : « Si notre labeur est vain, blâmez la culture, mais pas le sol ».

De 1978 à 1984, il a été élu membre de l’Assemblée provisoire du Batasang Pambansa (l’Assemblée législative provisoire) des Philippines pour un mandat de six ans. Durant ce mandat, il a présenté une résolution visant à enquêter sur la dénudation massive des forêts vierges du pays par l’octroi par le gouvernement de licences d’exploitation forestière à certaines personnes et a demandé leur annulation. Il a également présenté une
résolution exigeant la plantation d’un certain nombre d’arbres forestiers ou d’arbres fruitiers comme l’une des conditions d’obtention du diplôme d’études secondaires. Aucune de ces résolutions n’a été approuvée par la législature intérimaire, qui était majoritairement contrôlée par le gouvernement de la loi martiale du président Ferdinand Marcos.

En 1986, il a été commissaire de la commission constitutionnelle où il était chargé de constituer une nouvelle Constitution pour les Philippines après la révolution du pouvoir populaire de février 1986 qui a renversé la loi martiale et le régime dictatorial du président Marcos. Il sera à l’origine de la Constitution des Philippines de 1987, où est inscrit le passage suivant : « SEC. 16. L’État protège et fait progresser le droit du peuple à une écologie
équilibrée et saine, en accord avec le rythme et l’harmonie de la nature. ».

En 1991, l’affaire Oposa est déposée, et Hilario Davide en sera le juge. Selon lui, l’affaire lui a été attribuée suite à un tirage au sort alors qu’il était le plus jeune juge de la cour de justice, suite au désistement du juge principal de l’affaire qui souhaitait donner l’affaire au Benjamin de la cour afin que ce soit son premier défi majeur.
Pour lui l’issue du procès semblait évidente. Il explique que pendant le procès, il a été touché par le fait que ce soit des plus jeunes, des mineurs selon lui, qui ont portés l’affaire, afin de valoriser les intérêts des plus jeunes et des générations à venir pour étendre la portée du droit à un environnement saint à tous les peuples et toutes générations, donnant un bel exemple de droit intergénérationnels, en adéquation avec ce que défend l’article 16
de la constitution des Philippines.

Si Antonio Oposa et les enfants n’avaient pas rapporté cette affaire devant la cour, rapporte Hilario, jamais la Cour n’aurait pas pu agir et prendre une décision sur les questions transcendantes, soulignant l’importance d’agir pour porter des affaires climatiques devant le droit.

Concernant son rôle au sein des Nations Unies pour la défense des populations autochtones, il explique ne pas avoir été artisan de cette déclaration car elle a été conçue ou plutôt « créée » par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Le Conseil l’a « approuvée » le 29 juin 2006. De fait il a été nommé en février 2007 et a présenté ses lettres de créance au Secrétaire général des Nations Unies le 2 ou le 3 mars 2007.

C’est un sujet qui l’intéresse de plus en plus car il porte un intérêt particulier aux population autochtones des Philippines, à savoir celles dans les îles de Luzon et de Mindanao. Pendant son mandant, sa délégation a envoyé, le 29 mai 2007, une note verbale à S.E. Haya Rashed Al-Khalifa, alors président de l’Assemblée Générale des Nations Unies et représentant permanent de l’État de Bahreïn auprès des Nations Unies à New York, où il explique vouloir revenir sur certains points de divergence de la déclaration afin de répondre aux préoccupations conflictuelles que certains pouvaient rencontrer.

Suite à cela, le 6 juin 2007, la Présidente de l’Assemblée générale, Haya Rashed Al-Khalifa, l’a nommé Facilitateur pour faciliter la tenue de nouvelles consultations sur la Déclaration des droits des peuples autochtones. Cette nomination fut un défi pour lui car il était encore néophyte sur l’organisation des Nations Unies, et il utilisa ses nombreuses expériences pour mener à bien cette fonction.

Suite à une discussion avec différents groupes de représentants, il a réussi à résoudre les problèmes rencontrés afin de revenir sur certains points de la déclaration afin d’en garantir une acceptable par tous et toutes. Par la suite il a approché différentes ONG et Etats pour promouvoir la déclaration et faire valoir les droits des populations autochtones.
Ce faisant, le 13 septembre 2007, l’Assemblée générale a approuvé le texte de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Si vous voulez connaître tous les détails de l’entretien, n’hésitez pas à télécharger la fiche avec les réponses complètes de Hilario Gelbolingo Davide Jr.

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